Editorial

« Protection et reconnaissance »

Les 90 ans de Benoît Labre ont été l’occasion de réfléchir à la place de notre association dans la cité et sur­tout de la place des personnes accueil­lies dans la société. Notre invité Serge Paugam a mis en évidence la double di­mension du lien social : une demande de protection et une demande de re­connaissance, pouvoir compter sur quelqu’un indissociable de pouvoir compter pour quelqu’un.

Dans le fil de l’engagement des fon­dateurs du « Foyer Saint Benoît Labre », notre présence sur les marchés et sur la place Saint Germain était un moyen de faire connaître et reconnaître les personnes invisibilisées dans la vie quotidienne. Autant d’occasions de rappeler avec Antoine de Saint Exu­péry : « La démocratie sans frater­nité est une imposture ».

Dominique Le Tallec, Président de l'Association Saint Benoit Labre

 

Trois mois après mon arrivée, j’ai eu la chance de vivre les 90 ans de l’Associa­tion Saint Benoît Labre et les nombreux temps de rencontre et de partage qui les ont accompa­gnés. Ces moments m’ont permis de découvrir l’histoire et la richesse de notre association, portée chaque jour par les personnes accueillies, les pro­fessionnels, les bénévoles et les parte­naires. Ils nous invitent à poursuivre le tissage des liens qui nous unissent et à en créer de nouveaux, pour donner toujours plus de sens à notre action commune. Ensemble, continuons à broder cette oeuvre collective, en y ajoutant de nouveaux fils et quelques points de soleil brodés.

Aude Boulbennec, Directrice générale de l’Association Saint Benoit Labre

Tisser ou retisser des liens : intervenir auprès des pauvres et des exclus

Pour ses 90 ans, l’Association Saint-Benoît Labre a voulu nourrir le travail des équipes de Benoît Labre avec les réflexions croisées d’un cher­cheur universitaire, de professionnels témoignant des liens tissés avec les per­sonnes accueillies et des élus du terri­toire et des représentants de l’État.

Mardi 10 juin, notre colloque s’est tenu à ASKORIA, école du travail social. L’amphi Bretagne, presque plein, a ras­semblé 250 participants : étudiants, bé­névoles, professionnels, et partenaires institutionnels et associatifs. Les échanges avec la salle ont été nourris, témoignant de l’intérêt porté aux en­jeux de solidarité, de logement et d’ac­compagnement des personnes en situation de précarité.

Après les mots d’ouverture d’Isa­belle Fiand pour Askoria, de Nathalie Ap­péré, Maire de Rennes et présidente de Rennes Métropole, et de Dominique Le Tallec, président de l’association, Aude Boulbennec, directrice générale de l’ASBL, a introduit l’après-midi au­tour d’une belle métaphore : celle de la broderie, du tissage et du retissage des liens. Une invitation à penser le sens de l’action associative, au plus près des personnes accompagnées et des réali­tés de terrain.

L’intervention de Serge Paugam, sociologue, intitulée « Tisser ou retisser des liens : intervenir auprès des pauvres et des exclus », a apporté un éclairage dense et riche. En rebondissant sur les interventions des professionnelles et professionnels de l’association, il a pro­posé une lecture à partir des quatre grands types de liens sociaux : le lien de filiation, le lien de participation élective (choisi), le lien de participation orga­nique (travail, association...) et le lien de citoyenneté. Chacun de ces liens porte à la fois une dimension de protection et de reconnaissance. Cette approche a permis de mieux comprendre l’impor­tance de tisser des liens dans les terri­toires et avec les territoires.

Les professionnels de l’Associa­tion Saint-Benoît Labre — Meggan Mail­lard, Audrey Loussouarn, Germain Lefresne et Océane Hignet — ont partagé leur expertise de terrain à tra­vers des situations concrètes, illustrant la complexité des parcours et la ri­chesse du travail d’accompagnement mené au quotidien auprès des per­sonnes.

La table ronde consacrée au « lo­gement d’abord à l’épreuve de la santé : les enjeux territoriaux et les réalités de parcours » a réuni plusieurs regards ins­titutionnels et associatifs, avec notam­ment Alexandre Kesteloot, secrétaire général adjoint de la préfecture d’Ille-et-Vilaine, Caroline Roger Moigneu, Vice-présidente du Conseil départe­mental d’Ille-et-Vilaine, Pascal Brice, Président national de la Fédération des acteurs de la solidarité, ainsi que Dominique Le Tallec, Président de l’as­sociation.

Les échanges ont rappelé l’enjeu majeur de mener l’action de solida­rité dans l’état actuel de la société, avec réalisme, mais aussi avec espoir. La di­mension territoriale est apparue comme essentielle pour construire des synergies entre acteurs, renforcer les coopérations, s’appuyer sur l’expertise des travailleurs sociaux et créer les conditions d’une véritable co-construc­tion avec le terrain.

Ce colloque des 90 ans nous a permis de prendre du recul sur notre travail : comment continuer à tisser des liens de solidarité, avec exigence et hu­manité, au service des personnes ac­compagnées. Et ceci avec tous les acteurs du territoire.

Tisser ou retisser des liens : intervenir auprès des pauvres et des exclus-1

L’assemblée générale du 4 juin 2026

Cette année, pour son Assemblée Générale, l'Association Saint Benoît Labre a choisi un cadre joyeux et aty­pique ; le Grand Huit, niché au coeur de Rennes sur l’ancien site des ateliers SNCF, mêle manèges d’autrefois et arts forains, dans une atmosphère à la fois poétique, populaire et singulière.

Le 4 juin 2026, donc, près de 80 per­sonnes se sont réunies au Grand 8.

Avant la séance plénière, des stands présentaient le rapport d'activité de façon innovante : résidents, bénévoles et professionnels animaient des ateliers pour faire découvrir projets, réalisations et quotidien de nos structures.

La plénière s'est ouverte sur le clip vidéo de l'ASBL, hommage aux 90 ans d’engagement de l’association, suivis des rapports moral et financier présentés par le Président de l’association, Domi­nique Le Tallec, la responsable adminis­trative et financière, Gladys Hérisson et le trésorier, Yann de Monti.

Ensuite la directrice générale, Aude Boulbennec, a animé une séquence d'interviews autour du thème « 90 ans d'engagement et un avenir en partage ». Des administra­teurs ayant fouillé les archives de l’asso­ciation ont retracé l'évolution de la place des personnes accompagnées de­puis les origines – une parole précieuse, nourrie par les documents retrouvés.

Matthieu Bourgeault - co-fondateur et président de l’association RE­PAIRS!35 qui accompagne les jeunes sortants de l'aide sociale à l'enfance -, et Aurelien Bouvier - bénéficiaire et mili­tant de l’association « Les Amis de la santé 35 », association d’entraide pour les personnes victimes d’addictions et leur entourage-, ont ensuite livré des témoignages passionnants sur la place des pair-aidants dans nos accompagne­ments, soulevant une question centrale : comment donner une place juste et réelle aux personnes concernées ?

Le pot de l'amitié a prolongé ce fil, dans la bonne ambiance du Grand 8, pour rappeler que les solutions les plus pertinentes se construisent avec les premiers concernés, et non seulement pour eux.

Sur la place Saint-Germain, samedi 6 juin, sous les barnums, les Rennais découvrent l’association Saint-Benoît-Labre

Samedi 6 juin, place Saint Germain, un homme, accompagné d’une amie, s’arrête devant les photos et témoi­gnages affichés sur les panneaux : « il y a vingt ans, j’étais à la rue ; c’est l’asso­ciation qui m’a accueilli, m’a aidé à m’en sortir et à rebondir. »

Passant sur la place devant l’expo­sition et discutant avec nous, de nom­breuses personnes découvrent l’association Saint-Benoît-Labre ; la ma­jorité ignore son existence ; d’autres ne gardent que le souvenir de l’ancien « Foyer » où, chaque soir depuis 1938, des bénévoles accueillaient une cen­taine de sans-abris dans ses dortoirs de la ruelle aux Chevaux, puis, à partir de 1958, rue du Bois-Rondel. Pour tous ces Rennais, l’ampleur, la qualité et la va­riété des services de l’association au­jourd’hui sont une découverte. Les témoignages repro­duits sur les grands panneaux permettent de comprendre les dif­ficultés des personnes accueillies et comment l’association les aides à se réinsérer dans la société.

Pour notre 90° an­niversaire, nous avons voulu être présents sur l’espace public pour présenter nos actions et donner la parole aux personnes que nous ac­cueillons. Ainsi, nous renouons avec la tradition de l’association qui, jusque dans les années 1990, organisait des in­formations et des quêtes dans la rue, dans les cinémas (durant l’entracte), dans les paroisses, et tenait un stand à la foire de Rennes ; comme nos anciens, nous avons tenu ce mois-ci des stands sur des marchés (Ste Thérèse, Jeanne d’Arc, Les Lices, Betton, Châteaubourg) et sur la place St Germain.

Samedi 6 juin, sur la place, l’ensem­ble des acteurs, salariés, administrateurs, autres bénévoles et résidents, ont formé un groupe uni, renforçant leur cohésion : ensemble dès 9 h pour l’ins­tallation des barnums et des panneaux d’exposition, et jusqu’à 19 h pour tout démonter ; durant la journée, nous avons accueilli le public, répondu aux questions, proposé le livre « Vies brisées. Espoirs retrouvés. Le combat de Benoît Labre contre l’exclusion » dont l’auteur, Michel Urvoy était présent, vendu des billets de tombola, et enregistré des adhésions et des propositions de béné­volat.

Les 90 bougies de l’ASBL Saint-Benoît-Labre ont été soufflées dans la convivialité au Centre d’hébergement d’urgence des familles, à La Visitation

L’Association Saint-Benoît-Labre a célébré mercredi 17 juin la clôture des festivités marquant son 90e anniversaire. Organisé au sein du centre d’héberge­ment d’urgence des familles de La Visi­tation ; cet événement a rassemblé une quarantaine de participants dans une ambiance chaleureuse et festive.

Tout au long de l’après-midi, les per­sonnes accompagnées par l’association, les familles hébergées, les professionnels et les administrateurs de l’ASBL se sont retrouvés pour célébrer ensemble neuf décennies d’engagement au service des personnes les plus fragilisée.

Plusieurs stands et une kermesse avaient été installés sur le site. Les jeux proposés avaient été préparés avec en­thousiasme par Amandine Daubemont, travailleuse sociale, et les familles héber­gées du centre, avec le précieux soutien de l’association « Jeunes Engagés pour le Monde » et de l’équipe des Centres d’hébergement d’urgence « familles ». Petits et grands ont ainsi pu profiter de nombreuses animations favorisant les échanges et le vivre-ensemble.

L’après-midi a également été ponc­tuée par une animation de contes pro­posée par Hyacinthe Zozo, professionnel de l’association et conteur à ses heures. À travers ses ré­cits et son talent de narrateur, il a su captiver son auditoire et offrir aux participants un moment d’évasion poé­tique. La fête a été agrémentée d'un goû­ter composé de plats préparés par les familles elles-mêmes, mettant à l’hon­neur le partage, la diversité et les talents culinaires de chacun.

Point d’orgue de cet après-midi, le soufflage symbolique des 90 bougies est venu clôturer plusieurs mois de célébra­tions dédiées à l’histoire et aux valeurs de l’association Saint-Benoît-Labre. Un moment chargé d’émotion qui a permis de rappeler le chemin parcouru depuis la création de l’association, mais aussi de réaffirmer son engagement pour les an­nées à venir.

Cette journée anniversaire restera comme un temps fort de rencontre et de reconnaissance pour l’ensemble des personnes qui font vivre, au quotidien, les missions de l’ASBL.

Les 90 bougies de l’ASBL Saint-Benoît-Labre ont été soufflées dans la convivialité au Centre d’hébergement d’urgence des familles, à La Visitation-1

« Les invisibles » : une peinture de Georges Papazoff pour célébrer nos 90 ans

Depuis 1936, notre association ac­compagne à Rennes et ses environs les personnes en situation de grande pré­carité, sans abri, brisées par les accidents de la vie. Notre but ? Leur permettre de retrouver un toit et une place dans la ville. Ce sont ces personnes devant les­quelles on passe trop souvent sans s'ar­rêter, que l’on hésite parfois à regarder...

Pour marquer ce cap des 90 ans, l’ar­tiste peintre Georges Papazoff, dont l’atelier est ins­tallé à Moguériec (29), a offert à l’asso­ciation une oeuvre : un tableau représen­tant sept silhouettes baignées dans un écrin d’or, comme au temps des icônes à Constantinople. À travers son pinceau, l'artiste nous donne à voir ces personnages flous. À notre as­sociation, la mission de contribuer à les rendre visibles. Et à nous tous, citoyens et habitants, de leur trouver une place et un rôle dans la ville.

Plusieurs manifestations organisées dans le cadre de cet anniversaire se sont appuyées sur cette oeuvre — objet d’une loterie solidaire — pour incarner très concrètement les missions de l’as­sociation.

Quand l'art libère la parole et les talents

Les 12 et 13 mai, le peintre est venu à Rennes pour animer quatre ateliers d’initiation à l’art. Près de 40 personnes accompagnées par l’association à Rennes, Betton et Châteaubourg ont pu y participer. En effet, pour Georges Pa­pazoff, la création n’est pas l’apanage des spécialistes : chacun d'entre nous pos­sède une mine d'expression en soi. Les participants, entre autres créations, se sont ainsi prouvé qu'avec une simple feuille d'aluminium entourant une ta­blette de chocolat, on peut donner vie à des silhouettes originales, belles à re­garder et que l’on ramène chez soi, car on en est fier.

 

 

 

 

« Les invisibles » : une peinture de Georges Papazoff pour célébrer nos 90 ans-1

« Les invisibles » : une peinture de Georges Papazoff pour célébrer nos 90 ans-2

À la rencontre des habitants sur les marchés

En mai et juin, des administrateurs, salariés et personnes accompagnées sont allées à la rencontre du public sur cinq marchés : à Rennes (Sainte Thérèse, Alexis Carel, les Lices), à Châteaubourg et Betton. L’objectif ? Faire connaître l’association et ses actions, en conver­sant avec les passants, distribuant des flyers et proposant à la vente (au prix de 5 € – le prix d’un repas confectionné par la cuisine de l’association) des re­productions du ta­bleau « les invisibles », sous forme de cartes postales numérotées.

Notre présence sur des marchés et notre souhait d’aller à la rencontre du public a parfois étonné « Votre association est d’habitude discrète ! » pro­voqué intérêt et suscité des questions.

Ces rencontres ont mis en lumière un constat : notre association -et l’éten­due de ses missions- sont souvent peu connues ! les habitants citent quelque­fois le foyer du Bois Rondel, familière­ment « La Cloche », - le tout premier équipement, toujours en activité - « tous les soirs, j’allais y chercher ma mère qui y travaillait ». Pourtant, l'association gère aujourd’hui 15 équipements et 63 ap­partements, venant en aide chaque jour à près de 650 personnes ! Un chiffre qui a beaucoup impressionné. « Ce n’est pas possible, je n’aurais jamais pensé qu’il y avait autant de monde à la rue. »

Ces échanges parmi les étals ont permis de rappeler à quel point le sou­tien de la population est vital. Et les moyens d'agir sont nombreux : adhé­sion, bénévolat, dons ou legs. Nous avons pu, il est vrai, parfois constater de l’indifférence mais de ces échanges éma­nent bon nombre de manifestations de sympathie et d’encouragement. Nous avons aussi rencontré plusieurs per­sonnes qui ont connu la rue « j’ai été dans la rue pendant longtemps. J’en suis sorti. J’ai un logement maintenant et je suis abstinent » « Des paroles, c’est très impor­tant pour s’en sortir ». « C’est bien ce que vous faites », « continuez ! » ... Ces ren­contres ont permis aussi de recruter des bénévoles et d’entrevoir des projets et partenariats au long cours.

Une note de musique et de solidarité

Le 16 juin, les voix se sont élevées pour notre cause lors d'un concert or­ganisé aux Archives Départementales et proposé par les 60 choristes du « CHU chantant » et des « Voix de Beauregard » qui chaque année organisent une mani­festation au bénéfice d’une association. Ils ont choisi cette année l’association Saint-Benoît-Labre. Un voyage musical en Catalogne, Italie, Afrique du sud, des gospels... Et bien sûr des chansons fran­çaises dont « les petits papiers » de Ré­gine repris en choeur par la salle. En guise de remerciement pour ce mo­ment musical, les choristes se sont vus remettre une carte postale numérotée du tableau de G Papazoff.

Chaque carte postale vendue ou of­ferte au cours de l'année représente une chance pour son détenteur de repartir avec ce symbole des 90 ans. L'un des acqué­reurs remportera en effet le grand tableau original (74 cm x 40 cm), tandis que six autres participants gagneront un petit tableau (environ 15 x 10 cm) représen­tant une silhouette.

Le tirage au sort sera organisé au quatrième trimestre 2026 et participera de la clôture de cette année d’anniversaire. Qui aura la chance de conserver ce témoignage des actions de solidarité de l’asso­ciation Benoît Labre, entamée il y a 90 ans et que nous comptons bien poursuivre encore longtemps, tout en adaptant au fil du temps les ré­ponses aux besoins ?

Le suspense est bien entendu entier à ce jour. Une main innocente y mettra fin !

Rendez-vous fin 2026 pour les résultats !

Pour découvrir l'univers de l'ar­tiste : georges-papazoff.netlify.app

Rencontre avec Victor Boisson, réalisateur du clip des 90 ans de l'association

À l'occasion des 90 ans de l'Association Saint Benoît Labre, Victor Boisson, dirigeant de la société de production vidéo Skiveo et président du Club Bretagne de Communication 35, a accepté de relever un défi singulier : mettre en images la richesse et la diversité de l’Association Saint Benoit Labre.

Comment avez-vous abordé la réa­lisation de cette vidéo pour les 90 ans de l’association ?

Avant même de commencer à filmer, j’ai pris le temps de rencontrer les pro­fessionnels, les bénévoles et les per­sonnes accompagnées afin de mieux comprendre l’Associa­tion Saint Benoît Labre. Ses ac­tions sont nombreuses, ses métiers très diversifiés. J’ai vi­sité les différents pôles et échangé avec les équipes pour saisir au plus près la réalité de leurs missions. Cette phase d’immersion était essentielle pour restituer fidèlement l’es­prit de l’association.

Quelle était votre idée de départ en découvrant le projet ?

Nous souhaitions nous éloigner du format classique de l’interview pour proposer quelque chose de plus vivant. L’idée était de montrer des scènes du quotidien, des personnes en action, des moments de vie qui illustrent concrète­ment l’action de l’association.

Dès le départ, nous voulions éviter une approche larmoyante. Notre objec­tif était de faire découvrir l’association avec dynamisme, authenticité et légè­reté. J’ai donc cherché des situations qui pouvaient susciter le sourire ou créer une complicité avec le spectateur, afin de construire un véritable fil conducteur.

Concrètement, c’était un défi. Dans une association, tout le monde est dé­bordé et les contraintes d’orga­nisation sont nom­breuses. Il fallait mobiliser les pro­fessionnels, les bé­névoles et les personnes accom­pagnées, leur faire apprendre un texte, les mettre à l’aise devant la ca­méra alors qu’ils ne sont pas acteurs. Habituellement, on dispose de bien plus de temps pour préparer les gens. Ici, il a fallu être efficace, travailler avec peu de matériel et vite pour ne pas empiéter sur le temps des participants.

Quelles étaient vos inspirations pour l’écriture et la mise en scène ?

L’écriture a laissé une grande place à l’adaptation et à l’improvisation. Dans ce type de projet, l’organisation change beaucoup et rapidement. Il fallait composer avec les lieux, les contraintes du quotidien et les personnes présentes au moment du tournage. Chaque participant avait sa propre personnalité et sa manière d’interpréter les scènes. Il s’agissait donc de trouver un équilibre entre ce qui avait été imaginé au départ et ce qui se construisait natu­rellement sur le terrain. La mise en scène devait rester simple, dynamique et acces­sible à des personnes qui n’ont pas l’ha­bitude d’être filmées, tout en conservant de la spontanéité.

Y a-t-il eu des moments marquants ou des anecdotes de tournage ?

Oui, plusieurs moments m’ont mar­qué. Sur le site de Betton, nous avons tourné une scène dans une salle de cours. Nous pensions qu’il serait difficile de mobiliser des participants, mais c’est tout l’inverse qui s’est produit : de nom­breuses personnes étaient présentes, curieuses, attentives et heureuses de participer au projet.

Au Rado, beaucoup hésitaient à pas­ser devant la caméra au départ. Puis, lorsqu’une première personne s’est lan­cée, les autres ont suivi naturellement. Cette confiance collective a créé une très belle énergie.

Quelle a été la scène la plus compli­quée à tourner ?

Une scène tournée dans la cuisine du Bois Rondel a été complexe techni­quement. Il fallait enchaîner plusieurs ac­tions dans un même mouvement de caméra : partir d’une personne en train de cuisiner, rejoindre un intervenant qui prenait la parole, puis filmer une per­sonne réagissant à un plat trop épicé.

Les déplacements des acteurs et de la caméra devaient être synchronisés. Il fallait également simuler certaines actions, comme l’ajout d’épices, sans gâcher le plat, le tout dans un temps limité.

Et au contraire, la plus drôle ou la plus spontanée ?

Au Rado, bien que le texte ait été préparé en amont, la personne qui in­tervenait a finalement improvisé une phrase lors de la cinquième prise. Cette spontanéité a apporté beaucoup de na­turel à la séquence. C’est d’ailleurs cette version que nous avons conservée.

Qu’avez-vous voulu transmettre au public à travers cette réalisation ?

Dans toute réalisation, l’émotion est au service de l’information. Ici, l’objectif était avant tout de mettre en lumière l’humain qui se cache derrière l’associa­tion : bénéficiaires, bénévoles, profes­sionnels. L’Association Saint Benoît Labre rassemble une grande diversité de personnes, de métiers, et d’expériences humaines. Le défi consistait à rendre perceptible cette richesse en quelques minutes.

Quel regard portez-vous sur le ré­sultat final ?

Je suis très satisfait du résultat, mais aussi de l’ex­périence vécue par les personnes qui ont parti­cipé au projet. Ce n’est pas anodin de se retrou­ver devant une caméra, d’apprendre un texte ou de dépasser ses peurs.

Au fil du tournage, chacun a gagné en confiance et a pris plaisir à participer. Cela se ressent dans la vidéo. Finalement, tout n’est pas parfaitement calibré, et c’est précisé­ment ce qui la rend sincère. D’une cer­taine manière, cela reflète l’esprit de l’association : faire avec les moyens dis­ponibles, avancer malgré les contraintes et, surtout, agir.

Un visuel pour montrer la diversité des populations accueillies

Une série de portraits pour faire le lien entre l'histoire, le présent et l'avenir. Création originale d'Eric Quemener, « Portraits Invisibles » vient illustrer l'ac­tion de l'Association Saint Benoit Labre. Rencontre avec cet artiste-peintre bien connu des rennais.

Véritable fil rouge des 90 ans de l'as­sociation, « Portraits Invisibles » vient rappeler la diversité des personnes ac­cueillies, la singularité de chaque situa­tion mais aussi la permanence des besoins d'accompagnement. Une illus­tration en 35 portraits, tous différents et pourtant tous semblables, proposée par Eric Quemener.

Dans sa démarche créative, l'artiste s'est inspiré de l'action de l'association à travers des recherches sur son his­toire depuis la création en 1936. « Je connaissais un peu le travail de l'associa­tion, son action auprès des personnes sans logement, et je me suis documenté sur son histoire » précise-t-il.

Exprimer la variété des situations de précarité et l'espoir de chaque per­sonne accueillie, c'est le double objectif qu'Eric Quemener se fixait « Je voulais montrer une diversité de population ensem­ble sous le même toit, avec une image joyeuse, sans misérabilisme ... Une image joyeuse, évoquant le présent, le passé et le futur ».

Par les couleurs choisies, les styles vestimentaires ou les coiffures, « Por­traits Invisibles » vient illustrer l'histoire et les évolutions de l'association qui fête ses 90 ans. Des clefs de compréhension que nous livre le graphiste : « Les person­nages du haut sont dans le passé, en bas on est dans le présent. Pour traduire les dif­férentes époques les premiers portraits sont en sépia, ceux d'en dessous sont en noir et blanc, puis on passe à la couleur. De la même façon, l'apparence vestimentaire change et le public évolue, on retrouve plus de femmes et une diversité d'origine dans les portraits de la période récente ».

Au-delà des éléments qui renvoient au temps qui passe, quelques détails au sens caché se glissent dans la composi­tion du visuel. Eric Quemener nous en révèle certains : « La “foule de person­nages” à la forme d'une maison, d'un toit. Le portrait du haut, au sommet est une re­présentation de Benoît Labre. Pour certains personnages je me suis inspiré des photos du livre "Vies brisées, espoirs retrouvés » de Michel Urvoy ».

Si l'idée de la foule de portraits lui est venue rapidement, la principale contrainte était de rendre le visuel compréhensible du plus grand nombre. Deux versions auront été réalisées avant d'arriver à la version finale, version qui répond pleinement aux objectifs visés.

En conclusion de cette collabora­tion, Eric Quemener fait part d'une double satisfaction : « C'est une satisfac­tion de travailler pour une bonne cause ... et puis c'était vraiment bien de montrer ces « Portraits Invisibles » aux rennaises et ren­naises sur les panneaux d'affichage ».

À travers cette oeuvre originale, c'est toute l'histoire de l'Association Saint Benoît Labre qui se raconte : 90 années de solidarité, d'accueil et d'enga­gement, tournées vers l'avenir sans ou­blier les femmes et les hommes qui ont construit cette aventure humaine.

Un visuel pour montrer la diversité des populations accueillies-1

Un visuel pour montrer la diversité des populations accueillies-2

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Lisez notre plaquette mise à jour à l'occasion de notre 90ème anniversaire !

Ce document se veut une illustration de notre dynamique... et une invitation à nous rejoindre et/ou nous soutenir ! À retrouver sur notre site internet (rubrique documents publics).